La Réunion se trouve dans une zone cyclonique active du bassin sud-ouest de l'océan Indien, avec une saison officielle qui s'étend chaque année de novembre à avril. Vent violent, pluies torrentielles, inondations, coulées de boue : pour un artisan, une entreprise du BTP, un maître d'ouvrage ou un promoteur, la question n'est pas de savoir si un événement climatique majeur touchera un jour un chantier ou un bien construit, mais de savoir quelle garantie interviendra, et à quelles conditions.
C'est là que beaucoup de dossiers se compliquent, car le sujet mélange en réalité trois régimes d'assurance distincts — tempête, catastrophe naturelle et garantie décennale — qui ne se déclenchent ni dans les mêmes conditions, ni pour les mêmes dommages. Voici comment s'y retrouver, avant que la prochaine alerte cyclonique ne tombe.
Le premier réflexe, face à un sinistre lié à un cyclone, est de penser qu'une seule garantie va s'appliquer. En réalité, l'indemnisation dépend de la cause exacte du dommage.
La garantie tempête, ouragan et cyclone est une garantie que tout assureur est tenu de proposer dans les contrats d'assurance dommages aux biens (article L122-7 du Code des assurances). Elle couvre les dommages directement causés par l'action du vent, ou par la chute d'objets renversés ou projetés par le vent, sur les biens assurés — bâtiment existant, ouvrage en construction selon le contrat souscrit.
Aucun arrêté administratif n'est nécessaire pour la déclencher : c'est une garantie contractuelle classique, qui joue dès lors que le vent est à l'origine du dommage et qu'il atteint une intensité suffisante (les conditions générales du contrat précisent généralement les critères retenus, y compris par comparaison avec les stations météorologiques voisines).
Les inondations, coulées de boue, submersions marines et mouvements de terrain consécutifs à des pluies exceptionnelles relèvent d'un régime différent : celui de la catastrophe naturelle, institué par la loi du 13 juillet 1982 et codifié aux articles L125-1 et suivants du Code des assurances.
Ce régime ne se déclenche que si un arrêté interministériel constate l'état de catastrophe naturelle pour la commune et la période concernées, après avis d'une commission interministérielle. Sans cet arrêté, la garantie catastrophe naturelle ne peut pas jouer, même si le sinistre est réel et important — c'est alors la garantie tempête, ou une autre garantie du contrat, qui doit être mobilisée si les conditions sont réunies.
Cette garantie est elle aussi obligatoirement incluse dans tout contrat garantissant les dommages d'incendie ou tous dommages aux biens situés en France, moyennant une surprime réglementée dont le taux est fixé par l'État.
Pour une maison, un local professionnel ou un bâtiment achevé, ce sont les garanties de l'assurance multirisque (habitation ou professionnelle) qui s'appliquent : garantie tempête pour les dégâts de vent, garantie catastrophe naturelle pour les inondations et coulées de boue après arrêté. Ces garanties sont indépendantes de la garantie décennale et ne relèvent pas de l'assurance construction à proprement parler.
C'est le point souvent mal anticipé par les entreprises du BTP. Pendant la phase de chantier, avant réception des travaux, un ouvrage endommagé par un cyclone n'est couvert ni par la garantie décennale de l'entreprise, ni par la future assurance dommages ouvrage du maître d'ouvrage : ces deux garanties ne prennent effet qu'à compter de la réception (voir notre article sur pourquoi souscrire l'assurance dommages ouvrage avant le début des travaux).
La protection d'un chantier en cours contre les intempéries relève d'une garantie spécifique, la garantie Tous Risques Chantier (TRC), souscrite en général par le maître d'ouvrage ou le maître d'œuvre pour la durée des travaux. C'est elle qui indemnise, selon les conditions du contrat, les matériaux, ouvrages provisoires et travaux déjà exécutés endommagés par le vent ou les eaux avant la réception. Un chantier réunionnais qui démarre en pleine saison cyclonique sans cette couverture expose le maître d'ouvrage à un risque financier direct, indépendant de toute assurance construction obligatoire.
La garantie décennale (articles 1792 et suivants du Code civil) ne couvre pas « le cyclone » en tant que tel. Elle couvre les désordres qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, dès lors qu'ils trouvent leur origine dans un défaut de conception, de matériaux ou d'exécution imputable au constructeur.
Concrètement, cela change tout selon la cause réelle du sinistre :
C'est pourquoi la conformité aux règles de construction adaptées au climat réunionnais (résistance au vent, ancrages, drainage des eaux pluviales) n'est pas seulement une bonne pratique : c'est ce qui détermine, après coup, si un sinistre climatique se transforme ou non en mise en cause de la responsabilité décennale de l'entreprise. C'est également ce que vérifie un expert d'assurance appelé après un cyclone, en distinguant la part d'aléa climatique de la part de défaut de construction.
Les délais diffèrent selon le régime mobilisé, et les manquer peut coûter l'indemnisation.
Dans tous les cas, photographiez les dommages avant tout nettoyage ou réparation provisoire, conservez les factures des mesures conservatoires, et adressez votre déclaration par lettre recommandée ou tout moyen prévu au contrat permettant d'en dater l'envoi.
Pour une entreprise du BTP ou un maître d'ouvrage réunionnais, l'anticipation se joue avant l'alerte, pas pendant :
Avant chaque saison cyclonique, nous reprenons avec nos clients artisans, entreprises du BTP, maîtres d'ouvrage et promoteurs les points qui font la différence le jour du sinistre : la présence et l'étendue réelle d'une garantie Tous Risques Chantier sur les opérations en cours, la cohérence entre la durée de couverture et le planning prévisionnel des travaux, et la bonne articulation entre l'assurance du bien, la garantie décennale et l'assurance dommages ouvrage du maître d'ouvrage. Nous vous accompagnons aussi dans la déclaration d'un sinistre climatique, pour identifier dès le départ la bonne garantie à mobiliser.
DDAC est un cabinet de courtage réunionnais spécialisé en assurance construction, créé en 2018 par David Duris (ORIAS 23 006 829, sous le contrôle de l'ACPR). Nous vérifions avec vous l'articulation entre votre garantie décennale et RC Pro, votre assurance dommages ouvrage et, si nécessaire, la couverture Tous Risques Chantier adaptée à votre opération et à son calendrier, depuis nos implantations à La Réunion. D'autres questions ? Consultez notre foire aux questions sur l'assurance construction.
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